16 septembre 2009
C’est ma Shoah…
...ou comment parler d’un auteur talentueux qui traite de la Solution Finale avec un zeste d’impertinence, le tout, sans passer pour un antisémite notoire.
Où l’on apprend qu’un chat a disparu
J’ai perdu mon chat. Enfin, disons plutôt – comme l’adverbe, pas comme le chien – que mon chat s’est perdu. Tout seul, comme une grande. Comme une grande, car mon félin était une féline, et ma féline s’est fait la belle. Elle est partie comme ça, sans prévenir, par un beau matin d’été, sans même me laisser un mot d’explication…je ne demandais d’ailleurs pas grand-chose, un simple miaulement griffonné à la va-vite sur un bout de moquette ou de papier-peint aurait suffit à consoler ma peine de la savoir désormais loin de moi.
Elle s’appelait Bardamu, comme le personnage principal du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Elle s’appelait Bardamu, mais ce choix de ma part ne relevait pas que d’une attirance pour Céline – même si ce roman reste pour moi, le roman à l’aune duquel toute la littérature française d’après mille neuf-cent trente deux peut se mesurer. Elle s’appelait aussi Bardamu parce qu’elle était née l’année des B et que Brigitte Bardot avait du chien. Elle aurait pu s’appeler Baltique, mais elle n’était ni labrador, ni chienne de président, ou plus simplement Bakounine, mais les chats ne supportent guère l’état d’anarchie : essayez par exemple de remplacer le lait de votre boule de poils adorée par un mojito, et vous constaterez rapidement à quel point elle pourra se montrer prisonnière de ses habitudes petite-bourgeoises. Elle aurait aussi pu se prénommer Brice, mais je n’ai guère d’affection pour les surfeurs, encore moins pour les ministres de l’intérieur en exercice…
Elle s’appelait Bardamu donc. Bardamu, Don Quichotte malgré lui, antihéros célinien par excellence - « le culte des héros, c’est le culte de la veine » disait d’ailleurs un Céline qui n’avait pas oublié d’avoir le sens de la formule - cynique devant l’éternel, qu’un soudain excès de patriotisme mènera des tranchées de la Grande Guerre* au cœur de l’Afrique coloniale, de l’Amérique selon Henry Ford au Rancy, triste banlieue parisienne où palpitaient alors les cœurs d’une humanité périphérique. Peut-être vous parlerai-je un jour plus en détail de Céline, et de la difficulté qu’éprouvent certaines personnes à faire la part des choses entre une œuvre et les opinions de son créateur, mais cette chronique souffre déjà bien assez des effets délétères de la plume digressive de son auteur.
Bref. A un moment, dans le Voyage, après la guerre, après l’Afrique, Bardamu débarque à New-York, cette « ville debout » qui le fait bien rire, mais pas longtemps quand même. Malheureusement, Bardamu arrive un peu tôt. En tout cas un peu tôt pour croiser la route de Jakob Bronsky. Et d’ailleurs que viendrait faire Jakob Bronski dans cette Amérique de l’entre-deux-guerres, lui qui ne débarqua à Manhattan qu’en 1952, après le ghetto, après ces quelques points de détail qui jalonnèrent notre XXème siècle. D'ailleurs si Jakob Bronski n’a rien à faire dans le roman de Céline, c’est tout simplement parce que Jakob Bronski est le personnage principal de Fuck America d’Edgar Hilsenrath.
Où il est question de Jakob
Fuck America – je laisse au lecteur le plaisir de découvrir l’origine du titre - narre les errances dudit Jakob, survivant des ghettos, américain par défaut, clochard occasionnel, chômeur à temps presque complet, mais surtout écrivain par nécessité, car depuis son arrivé à New-York Jakob écrit. Et depuis que Jakob écrit, Jakob va mieux. Jakob parle à nouveau. Jakob invente des histoires. Jakob traine dans un café de la 86ème rue en compagnie d’autres immigrés, tous juifs, tous déclassés. Jakob dialogue avec son pénis. Et comme le cahier des charges de la femme américaine est bien trop lourd pour le pauvre immigré qu’il est, Jakob fréquente les putes du quartier.
Jakob écrit donc. Un roman. Pour l’instant, le roman de Jakob s’appelle Le branleur, mais c’est uniquement parce que Jakob n’avait pas pensé au titre avant, et qu'un titre c’est important si l’on veut réussir dans ce métier. Mais Le branleur n’a qu’un très lointain rapport avec le dilettantisme avéré de Jakob, ou une quelconque forme d’onanisme. En effet, pour Jakob, le fait d’écrire va bien au-delà de la simple démarche artistique, c’est une nécessité thérapeutique mue par le besoin de combler les blancs qu’un « trou noir » de six années lui a laissé dans la tête. Et c’est à une double naissance à laquelle le lecteur assiste au fil des pages de ce livre : celle d’un homme qui n’en finit pas d’interroger son passé – et celui de six millions de témoins muets - pour tenter de construire un fragile présent, et celle d’un auteur en devenir, lui-même double littéraire de son créateur. Des pérégrinations de Jakob, il en sortira un livre dont on ne sait finalement pas grand-chose, si ce n’est qu’il aurait pu s’appeler Nacht, Nacht comme le premier livre qu’Edgard Hilsenrath écrivit à son arrivée aux Etats-Unis en 1952...
Avec Fuck America, on est pourtant à des années-lumière de la littérature concentrationnaire telle que nous la connaissons habituellement – je pense bien sûr aux livres de Primo Levi, de Jorge Semprun, ou de Robert Antelme pour ne citer qu’eux. Car lorsque Hilsenrath évoque le sort des juifs, jamais il ne rechigne à jouer la carte de l’humour : un humour noir, corrosif, puissamment elliptique, et jamais gratuit – apprenez que l’humour juif est toujours payant - une illustration parfaite de cette maxime qui voudrait que ce dernier soit la politesse du désespoir. D’ailleurs, quand Jakob, après d’intenses séances d’écriture, ressent le besoin de forniquer et qu’il n’en a pas les moyens, Jakob prend une douche froide. Et si cela ne marche pas ? Alors Jakob pense à Auschwitz***.
Où l’auteur de cette chronique se voit contraint de conclure
Oui, je sais, c’est un peu court jeune homme. On aurait pu dire sur Fuck America bien des choses en somme. Par exemple sur le génie dont l’auteur fait preuve dans l’art du dialogue, sur son obsession pour les secrétaires de direction callipyges et sur sa vision des rapports hommes-femmes dans l’Amérique de l’après guerre, ou sur la raison qui pousse Monsieur Selig à ne plus manger de porc. On aurait aussi pu s’attarder à évoquer la construction du roman – qui répond avec ingéniosité au fond - mais cela ne ferait qu’empiéter sur votre précieux temps de lecture, et il est l’heure pour moi de clore cette chronique qui ne me rendra malheureusement pas mon chat. Chienne de vie !
P.S : si comme moi, vous aimez les chats – mais aussi les souris - je ne saurais trop vous conseiller de lire Maus, la presque-parfaite œuvre d’Art Spiegelman. Maus, où comment faire accéder la bande-dessinée au statut d’œuvre d’art majeure.
Bibliographie ultra sélective…attention, deux juifs se sont glissés dans cette liste !
Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit – Folio – 8,17€
Edgar Hilsenrath - Fuck America – Attila** - 19€
Art Spiegelman – Maus – Flammarion – 28,50€
*si quelqu’un est en mesure de me présenter la Petite, je suis toujours preneur !
**je signale au passage que Fuck America est le premier livre sorti des presses d’Attila, nouvelle maison d’édition fort prometteuse. Quant à Nuit et Le nazi et le barbier, qui avec Fuck America forment une « espèce de trilogie », ils devraient être traduits en français, et publiés prochainement chez le même éditeur.
***vous savez pourquoi Edgar Hilsenrath est devenu un fumeur invétéré ? C’est parce que après sa première cigarette qui devait être aussi la dernière, les allemands ne l’ont pas fusillé mais renvoyé dans son ghetto…
24 juin 2009
Pour en finir définitivement avec la compassion…
Les moins publivores d’entre vous ne l’auront peut-être pas remarqué, mais depuis quelques jours, les espaces publicitaires des grandes villes de l’Hexagone sont squattés par les affiches de la nouvelle campagne de la Fondation 30 Millions d’Amis.
Cette dernière aborde avec pertinence – je dis pertinence pour ne pas dire abondance, au vu du budget consacré pour sa diffusion – le problème de l’abandon des animaux de compagnie en période estivale. Je ne sais pas vous, mais moi, dès que l’été pointe le bout de son mélanome, j’abandonne systématiquement mon animal de compagnie.
Certes, je sais que la brusque révélation d’une pratique que la morale populaire réprouve, peut choquer la Brigitte Bardot qui sommeille en vous – petit veinard - mais l’honnêteté est ma devise…avec l’euro ; et puis, si je profite chaque année des avantages que le Front Populaire m’octroie avec munificence, pour visiter ma vieille tante Olga que j’aime d’un amour proportionnel à la part d’héritage qu’elle me réserve, et que je profite de cette occasion pour abandonner un chien, un chat, ou un ragondin, c’est que j’ai mes raisons.
Tenez, l’année dernière par exemple, j’ai abandonné mon chien Goebbels, sur une aire de repos à la sortie de Vichy. C’était un jeune berger allemand d’un an à peine, une adorable boule de poils et de haine que j’aimais d’un amour prudent, et qui, malgré un intensif stage de dressage de six mois au C.N.W.S.S - DOG (le Centre des Nostalgiques de la Waffen S.S d’Oradour-sur-Glane), s’obstinait à hurler à la mort chaque fois que je tentais d’écouter l’intégrale de Jean-Jacques Goldman…cet animal m’avait été offert pour mon anniversaire, quelques semaines après que, profitant de l’inattention des employés de la station Total de Rémilly-les-Pothées, j’eus « oublié » dans une glacière, deux adorables chatons que je n’avais pu me résoudre à noyer, mes revenus ne me permettant pas de m’offrir le modèle étanche de chez Rolex.
Je vous passe les détails, mais entre la femelle perroquet qui imitait très mal Marine Le Pen, et le mâle qui psalmodiait des chapitres entiers de Mein Kampf mâtinés des meilleures répliques de Woody Allen, le chinchilla allergique aux poils, le caméléon gothique, la tortue de Floride dont la croissance, un tantinet rapide, avait nécessité la construction d’une piscine olympique dans le jardin de la S.P.A de Nanterre, et le poney de ma fille devenu tétraplégique après une chute de cheval - le poney, pas ma fille - autant vous dire que, s’il existe sur cette Terre une personne sensible aux efforts de 30 Millions d’Amis, c’est bien votre humble serviteur.
*
Cette fois-ci, les types qui bossent dans la pub – et qui ne doutent jamais de rien - ont décidé de jouer la carte du face-à-face genre « chercher le salaud » : d’un côté, un maître – un homme ou une femme – au visage fermé, preuve vivante que, en matière de comédien, on peut descendre toujours plus profond que Francis Huster ; de l’autre, un animal – un chien ou un chat – dont le regard suffirait à généraliser la pratique du saut à l’élastique sans élastique.
L’homme s’appelle Pierre, mais il aurait tout aussi bien pu s’appeler Helmut ou Jacqueline. Le chat s’appelle Sasha, encore un bon exemple d’allitération niveau CE2. La femme s’appelle rarement, mais son regard fuyant trahit la fidèle présence de cette implacable solitude qui lui tenait lieu de compagne jusqu’à l’arrivée inespérée du chien noir qui lui fait face et qui répond, non seulement quand on l’appelle, mais aussi au nom de Cooky…oui, vous avez bien lu, le chien s’appelle Cooky.
Ô Cooky ! Toi, le digne
représentant de la race canine ! Toi, dont la truffe humide et blanchie
par les ans s’étale désormais en quatre par trois sur les murs de nos cités
dortoirs déshumanisées ! Toi, dont la fidélité – huit années d’homme,
cinquante-six de vie de chien – ne récolta comme récompense, que ce frêle tronc
d’arbre auquel ta maîtresse, par un bel après-midi de juillet, t’attachât avant
de reprendre la route pour un ailleurs que tu ne connaîtras jamais, un ailleurs
privé de l’élégance de ta démarche, lorsque tes petites pattes aux poils de
jais foulaient le sable de Noirmoutier ou de Cabourg – il me plait de croire
que cet après-midi fut beau, ne serait-ce que pour nimber d’une aura de pitié ta
misérable condition canine ! Toi, dont le compte en banque ne verra jamais la
couleur de cet argent que ces fils de pub ne manqueront pas d’oublier de te
verser, au nom de cette imbécile croyance qui voudrait nous persuader que les
chiens sont incapables de gérer correctement leur argent pendant les soldes !
Cooky, sache que je ne t’en veux point, tu n’y es pour rien, et s'il existe quelqu’un
à blâmer, c’est uniquement l’espèce de tête pleine d’eau surpayée qui, un soir de printemps, décida de t’affubler de ce sobriquet ridicule au risque
de mettre en péril la crédibilité d’une campagne improbable mais salutaire. Non
mais, je vous le demande, pourquoi diable, vouloir appeler un chien
Cooky ? A-t’on jamais vu un quatre-quarts prénommé Rex ? Un clafouti
aux pruneaux Sultan ? Un flan Snoopy ?
Cooky, la nature est injuste, car si elle a fait l’homme bipède, c'est uniquement pour qu'il puisse, d’une main de fer, ouvrir la portière de son bolide d’acier, maintenant fermement dans l'autre la laisse qui te rattache à lui, et qu’il enroulera d'un geste froid autour de cet arbre sinistre contre lequel tu ne finiras pas de gémir, en espérant qu’une âme charitable vienne te détacher et reparte avec toi vers de plus beaux lendemains…et peu importe si elle décide de t’appeler Crumble !

Illustration de Michaël Lozé (maicoolbd.canalblog.com)
10 juin 2009
Les Fatals au Québec
Sous le ciel un peu gris de Montréal. Un appareil photo à la main. Quelques souvenirs, au gré du temps qui passe...avant la remontée du Saint-Laurent, et le festival de la chanson de Tadoussac.
Un album photo d'outre-Atlantique.

04 juin 2009
Chinese Democracy

Question n°1989*
Vous êtes à tête d’une colonne de chars manœuvrant place Tienanmen. Soudain, alors que rien ne laissait penser que le régime en place pouvait devenir la cible d’un mouvement de contestation fomenté de l’intérieur par des étudiants épris de liberté, un homme s’immobilise devant votre tank, vous empêchant ainsi de poursuivre votre route.
Réponses :
A – Vous vous interrogez sur la présence d’un des membres des Blues Brothers en Chine, en cet historique mois de juin 89.
B – Vous vous excusez platement de ne pas avoir indiqué clairement votre intention de tourner à gauche.
C – Vous faites le mort en attendant qu’il le fasse aussi…mais loin des caméras.
D – Vous dérapez par mégarde sur la pédale d’accélérateur, transformant le contestataire en semelle compensée pour chenille – mais rassurez-vous, car malgré l’émoi que votre geste a soulevé au sein de la communauté internationale, les autorités chinoises réussissent à faire croire à un accident. La victime, un dangereux agitateur à la solde du grand capital, ennemi du peuple et de la révolution, souffre depuis son enfance d’une maladie orpheline qui lui fait crier « Les conducteurs de chars sont tous des pédés» à la place de « Mao est le guide suprême et bienveillant de notre glorieuse révolution…contrairement aux conducteurs de chars qui eux, sont tous des pédés. »
E – Vous refusez de sortir de votre véhicule car, n’ayant pas prévue une telle éventualité en vous habillant ce matin, vous portez encore votre petit short moulant en vinyle aux couleurs du Parti, et vos tongs en latex…aussi aux couleurs du Parti.
Réponse C...vingt après, on s'interroge encore sur le sort que les autorités chinoises réservèrent à l'homme en chemise blanche, et il est évidemment impossible de savoir avec certitude s'il fait toujours partie de ce monde...
02 juin 2009
Dans la jungle ou dans le zoo*...ou pour en finir définitivement avec les écosystèmes
La semaine dernière, j’ai emmené ma fille au zoo. Ça tombe bien, je déteste les zoos. La simple vue d’un animal en cage, me fait le même effet qu’un défilé d’anciens combattants – remarquez qu’avec la mort du dernier poilu**, les imbéciles célébrations des inutiles boucheries quatorze-dix-huitièmes risquent de ressembler au carnaval de Rio sans strings, ni samba.
Je disais…ah oui ! Je déteste les zoos…depuis longtemps…en fait, depuis que la lettre Z existe. C’est avec chagrin que je repense à ces jours enfuis où ma mère, avec une régularité monomaniaque proche du sadisme, dirigeait nos pas vers ces sinistres établissements pénitentiaires qu’étaient à l’époque le zoo de Vincennes, et la ménagerie du Jardin des Plantes.
En ce temps-là, le rocher du zoo de Vincennes était la plaque tournante d’un impressionnant trafic de Lexomil réservé aux pandas – les singes tournaient au L.S.D - et l’on retrouvait régulièrement, lové autour de la cuvette des toilettes du vivarium, un anaconda mort d’overdose, une seringue d’héroïne plantée dans le bras. Quant à l’ours du Jardin des Plantes, lorsque vous aviez le malheur de croiser son regard, ses yeux remplis de larmes semblaient vous dire : «J’ai dix-mille francs dans la doublure de ma fourrure, si vous parvenez à me faire sortir de là.».
Mais le temps a passé, les animaux en captivité suivent désormais des stages pour apprendre à gérer le stress en milieu carcéral, et l’inébranlable volonté de ma fille ne souffrait d’aucune contestation. Allez zou…au zoo…
*
Ce jour-là, fier comme un pape - mais en largement moins con - le soleil campait au milieu d’un ciel d’azur, un ciel piqué de lapins cotonneux, de baleines rieuses aux flancs marmoréens, et d’ours aux ventres de neige (celui qui, perdu dans la contemplation d’un nuage, n’y voit qu’un vulgaire nuage, celui-là devrait s’adresser au Service des Objets Trouvés…son âme d’enfant s’y trouve peut-être encore).
Les oiseaux chantaient du Francis Lalanne - c’était quelques jours avant d’apprendre sa candidature aux européennes - les carpes de la rivière avoisinante du Francis Cabrel, et les promeneurs, nombreux en ce dimanche de printemps, déambulaient dans des allées bordées d’arbres en bois, goûtant du simple bonheur d’être du bon côté de la cage.
Le premier Guantanamo que nous rencontrâmes, était consacré à la faune africaine : un énorme troupeau composé de trois rhinocéros se tenait immobile près d’une grotte vétuste, tandis que deux élans du Cap hésitaient quant à la meilleure façon de réussir son suicide, lorsque l’on ne dispose que de deux cornes et d’une botte de paille. Sous l’ombre d’un pin parasol Orangina, une famille de zèbres semblait se demander pourquoi, à part eux, tout le monde était passé à la couleur – ce raisonnement est spécieux car, comme chacun le sait, le panda roux est sépia.
Après deux secondes de contemplation, ma fille décida que les pigeons offraient plus d’intérêt que cet échantillon hautement anxiogène du Serengeti. Nous décidâmes alors de rendre visite aux lémuriens – j’adore les lémuriens - lorsque résonna derrière nous une voix qui disait, péremptoire : « Tu vois fiston ces animaux ? Eh ben, ils ont été capturés dans la jungle, et après on les a amenés ici ! »…et le fils de jeter à ce père au savoir immense, un regard rempli d’une infinie gratitude. La jungle ! Bah tiens…et pourquoi pas les steppes d’Asie centrale ?
La jungle, dixit le dictionnaire,
désigne une formation végétale arborée qui prospère sous un climat chaud et
humide avec une courte saison sèche…en Inde. Vous avez déjà mangé du Rhinocéros
Tandoori vous ? Ou un byriani d’élan du Cap ? Un cheese nan au
zèbre ? Ouais…ben pas moi ! Je n’ai jamais mis les pieds au pays de
Gandhi, mais que Bouddha me réincarne en ongle, si je ne suis pas capable de
faire la différence entre la jungle et la savane.
Furieux devant ce manque de respect envers les écosystèmes, je tentai d’intervenir. Trop tard ! Le père et l’enfant étaient partis, marchant main dans la main, vers cet avenir que j’imaginais radieux : un avenir où les ours polaires sont chassés pour leurs plumes, et les kangourous pour leurs poches, un avenir où Patricia Kaas gagne l’Eurovision, et Guillaume Musso est prix Nobel de littérature…
Après avoir récupéré ma fille, qui courait en hurlant après un pigeon dans le but charitable de lui apprendre comment ne pas mourir d’une crise cardiaque, je décidai de quitter cet ersatz de terre africaine. J’étais proche du suicide : décidément rien n’avait changé en France depuis les années 80, même Indochine continuait à sortir des disques. Par bonheur, à quelques mètres de là ,se trouvait la cage réservée aux porcs-épics. Je décidai aussitôt de tondre toute la famille, et d’apprendre à ma fille à jouer au Mikado !
La prochaine fois, nous irons à l’aquarium…ça tombe bien, je déteste les aquariums !
*J’ai emprunté ce titre à une, malheureusement, mauvaise chanson Jean Ferrat
**Lazare Ponticelli (1897-2008).
27 mai 2009
Un jour, je vous parlerai de René Fallet
Il paraît qu’à l’heure du bilan, c’est l’enfance qui donne la clef d’une existence. C’est beau et profond comme le Titanic, et ça vient tout droit de la quatrième de couverture d’un livre d’Alphonse Boudard. Un livre qui porte le beau grave titre de Mourir d’enfance. Alors autant vous dire que j’ai le droit de trouver ça beau et profond. Mais bon. Ça tombe mal, ce n’est pas de Boudard que j'aimerais vous entretenir aujourd’hui. Et pourtant, Boudard, moi je l’aime bien. Disons que ses livres m’ont touché…enfin, ceux que j’ai lus. Il fait partie de ces auteurs dits « populaires », qui caressent la langue de Molière à rebrousse académie française. Des types sans complexes, bourrés de talents et parfois aussi, il faut bien le reconnaître, de breuvages teintés rubis. Des écrivains quoi*.
Alors forcément, cela ne plait pas à tout le monde. Cela gène. Cela ennuie. Cela oublie un peu vite qu’une langue est comme un pays en perpétuelle gestation, une contrée avec ses paysages domestiqués au fil des siècles par la plume de l’homme, mais aussi avec ses reliefs aux aspérités parfois effrayantes. Cela s’obstine parfois à croire qu’un écrivain, c’est avant tout quelqu’un qui manie la langue française avec le même respect que l’on doit à une personne âgée, en surveillant ses tournures de phrases, ses constructions grammaticales, son vocabulaire – de nos jour, les Robert, Larousse et consorts n’hésitent plus à traverser le boulevard périphérique, pour s’en aller saisir, d’une oreille bienveillante, toutes les nuances de ces expressions buissonnières qui font la richesse de notre parler. Ces mêmes expressions qui, après quelques années de purgatoire, s’en viendront grossir les rangs sages des lettres citadines…
S'il existe encore des lecteurs pour répondre présent au taulard à la plume alerte – je parle d’Alphonse bien sûr - les ouvrages de monsieur Boudard n’éveillent que trop rarement la curiosité des magasines littéraires. Ni ceux de monsieur Fallet d’ailleurs. Lui, je vous en parlerai un jour pour de bon, croix de bois, croix de fer...Mais pas aujourd’hui. D’Alphonse non plus, mais si cela vous chante, allez jeter un œil sur ce Mourir d’enfance aux pages nostalgiques, sur ces quelques années d’innocence, racontées avec la tendresse de celui qui disait : « Quand je serai mort, qu’on me creuse un trou comme le fit Auguste dans le fond d’un jardin pour mon chien Marquis […] Un jardin de mon cœur d’où je pourrai voir la route…Une torpédo s’arrêtera…en descendra une jeune, une très jeune femme, en robe courte, coiffée à la garçonne…Un léger, léger fantôme…rien que pour moi au royaume des ombres…"
Mais je m’égare, et ce n’est toujours pas de Boudard dont je veux vous parler aujourd’hui. C’est de Cavanna, le vieux à moustache – vous excuserez cet excès de familiarité, mais force est de constater que ce respectable monsieur est tout de même né en 1923, et que ses bacchantes donneraient moult fil à retordre au pôle Recherche & Développement de chez Gillette – Cavanna, dont la plume toujours alerte, continue à faire le bonheur des lecteurs de Charlie Hebdo.
Cavanna nous parle des ritals, et ça tombe plutôt bien, car c’est aussi le titre de son livre. Les Ritals, grosso modo, c’est les italiens immigrés. Ceux arrivés par milliers pendant l’entre-deux guerres. Ceux, hommes et femmes de bonne volonté, qui répondirent présent à l’appel d’une France en manque de main d’œuvre. Ceux qui suèrent sang et eau pour ce pays qui leur ouvrit grand les bras, jusqu’à la crise de 29, et son triste corollaire qu'est la haine de l’étranger.
Le livre de Cavanna date de 1978, mais ici, c’est la France des années 30 qui revient à sa mémoire, celle du Front Populaire, des grèves et des usines occupées au son de l’accordéon et des accords de Matignon, des plages envahies par des hordes de masses laborieuses au grand désespoir d’une bourgeoisie qui pensait alors, que le littoral ne prêtait ses rivages qu’aux riches. C’est la France de Léon Blum du temps où il présidait aux destinées de la nation, une triplette d’années avant la guerre, l’exode, le S.T.O. (j'ouvre ici une parenthèse pour rappeler que Léon Blum est à ce jour, le seul chef de gouvernement à avoir été interné deux années durant à Buchenwald - ne serait-ce que pour cela, nous nous devons d’adresser nos sincères félicitations vichystes au palindrome le plus lamentable de l’histoire de France, je veux bien entendu parler de monsieur Laval**.)
Chez Cavanna, les ritals sont souvent pauvres, mais pas tout à fait quand même. C’est peut-être parce ce chez ces gens-là monsieur, rital, on ne l’est pas tout à fait. Le père oui. Un vrai même. Un de ceux qui ne savent ni lire, ni écrire, mais dont la France a besoin pour se reconstruire avant la prochaine destruction, un type qui parle aux animaux, aux plantes, aux pierres, avec un accent à couper à l’Opinel, un accent que Cavanna prend tant de plaisir à coucher sur le papier : « Plous qui y a de la misère chez les gens, plus que les pierres i sont grosses. Qouante qué les zens i sont riches, qu’ils ont le ventre plein, allora les pierres i sont petites, tellement que t’en trouves mêmé pas oune. ». Ecco. La mère non. La mère est française, tellement française et fière, que même son petit François se demande bien comment elle en est arrivée à épouser ce maçon inculte.
Entre les deux, le cœur de Cavanna balance. L’Italie c’est loin, certes, mais il se sent si proche de cet homme au cœur gros comme ça, et dont le rire immense s’épanouit au cœur de cette Little Italy des bords de Marne. Mais la mère patrie, c’est son quotidien, sa culture – il faut lire Cavanna lorsque qu’il clame son amour pour ses professeurs de l’époque - son terrain de jeu. A mesure des chapitres, c’est tout un monde enseveli sous le poids des ans et du béton qui ressuscite : la rue Sainte-Anne, minuscule ghetto au parmesan, les commerçants du quartier, les sédentaires et les ambulants, les premiers copains, ceux que l’on jure de défendre à la vie à la mort, les filles, que l'on embête quand elles sont petites, mais que l’on aimerait tant emmener à la chasse aux papillons au temps des premières amours sous l’ombre bienveillante du fort de Nogent, le bordel, que l’on appelle alors le claque, où les dames sont bien gentilles pour qui décide de venir perdre son temps, et son pucelage, les premières cuites sous le tonneau familial pour faire comme dans Rabelais, les derniers moments d’insouciance, loin des rumeurs d’une guerre qui semble ne jamais finir de ne pas commencer.
Les Ritals, c’est un peu comme une pizza préparée par le meilleur pizzaiolo de Seine-et-Marne, celui qui sait que l’amour que l’on met dans une œuvre d’art finit toujours par trouver le chemin qui mène au cœur de celui qui la dévore…Ecco ! Si en plus, on peut lire le chef d’œuvre au bord de l’eau, les deux pieds dans l’herbe verte, la tête dans les nuages, avec à la main un petit verre couleur rubis.
François Cavanna – Les Ritals – Le livre de poche – 5,50€
*Attention, cela ne veut pas dire
qu’un écrivain a pour obligation de se glisser dans la peau et le foie
de Bukowski pour produire de grandes œuvres – la plupart de ces
épigones, amateurs de la dive bouteille, finissent souvent par gagner
une cirrhose avant le Goncourt - mais cela ne signifie par
non plus, qu’une vie faite d’ascèse soit la porte ouverte à tout ce que
l’esprit humain peut nous offrir de meilleur.
**Il
existe une suite aux Ritals, une suite qui raconte la guerre, le S.T.O,
l’amour…ça s’appelle les Russkoffs, et c’est que du bonheur.
11 mai 2009
Pour en finir définitivement avec la grippe mexicaine…acte I
Hasta Siempre Frida !
Je reviens du Mexique…Atchoum ! Pardon…
Non, je ne reviens pas vraiment du Mexique, mais d’un énième visionnage du splendide film de Julie Taymor consacré à la vie de Frida Kahlo. Ce film* narre avec force beauté et rigueur chronologique, la vie de cette femme au destin unique, née à Coyoacán en 1907 d’un père allemand et d’une mère mexicaine.
Élève brillante à la Escuela Nacional Preparatoria de Mexico – où elle fera partie de l’élite intellectuelle très influencée par la pensée marxiste-léniniste - Frida se destine à la médecine, tout en montrant un grand intérêt pour l’art et la vie politique de son pays. Mais son existence basculera un jour de septembre 1925, lorsqu’à la suite d’un terrible accident d’autocar, elle se retrouvera clouée au lit pendant plusieurs mois. La longue convalescence qui s’en suivra déterminera l’orientation que sa vie allait prendre : c’est durant cette période, que Frida commence à peindre de nombreux autoportraits, seule façon pour elle de faire abstraction d’un corps devenu la source de toutes les souffrances à venir.
Le Mexique dans lequel Frida grandit est en pleine effervescence ; la révolution qui mit fin en 1911 au règne de Porfirio Díaz, marque le début d’une interminable lutte entre factions rivales pour s’emparer du pouvoir, et le conserver le plus longtemps possible. C’est le temps des assassinats politiques, de la lutte d’Emiliano Zapata pour le droit des paysans à disposer de leurs terres, et de la guérilla menée par Francisco Villa. Mais le Mexique de ces années troubles est aussi le foyer d’une intense activité intellectuelle et artistique ; ce n’est pas pour rien que des personnalités aussi originales que Antonin Artaud, Léon Trotski ou André Breton viendront – pour des raisons diverses – respirer le souffle de liberté qui anime alors le pays.
En 1928, Frida s’inscrit au PCM, le parti communiste mexicain. La même année elle rencontre celui qui allait devenir tout à la fois son ami, son mari volage, son compagnon de route, et certainement son plus fervent admirateur : Diego Rivera. Lorsqu’elle croise son chemin, Diego Rivera jouit déjà d’une immense notoriété, tant sur le plan artistique que politique. Il est – avec Orozco et Siqueiros – le plus connu des représentants du muralisme, ce courant pictural qui prétendait, au nom de l’idéal révolutionnaire, abandonner la peinture de chevalet jugée "petite-bourgeoise", pour la réalisation d’immenses fresques accessibles à tous, et dont les sujets trouveraient leur inspiration dans la geste révolutionnaire, ainsi que dans un lointain passé précolonial. De l’union de ces deux figures de la vie mexicaine naîtra un couple mythique marqué par la vie dissolue de Diego et la descente aux enfers d’une Frida au corps de plus en plus meurtri. Elle meurt en 1954, laissant derrière elle des dizaines de toiles qui sont autant de témoignages d’une vie intérieure d’une richesse incroyable marquée par la souffrance. Peu de temps avant de mourir, elle écrivait dans son journal : « J'espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir… ».
Bibliographie circonstanciée
Hayden Herrera – Frida Kahlo – Le livre de Poche
J.M.G Le Clézio – Diego et Frida - Folio
Carlos Fuentes – Les années avec Laura Diaz - Folio

10 mai 2009
Une dent contre la race canine…deuxième partie.
Posant un pied timide dans cet Eden à crédit, je jetai un rapide regard sur la nature environnante, espérant profiter de quelques instants méditatifs avant que les premières morsures ne viennent mettre à bas mon pantalon et mes velléités naturalistes.
Au cœur de cette humble thébaïde baignée de soleil, Hortensias, Forsythias, Lilas, Rhododendrons, Clématites, Dahlia et Bougainvillées, témoignaient par l’exubérance de leurs ramées et leurs couleurs chatoyantes, de l’amour que le propriétaire des lieux semblait porter à la nature ainsi qu'à la dictée de Bernard Pivot. L'homme, un quinquagénaire au torse velu, vêtu d’un simple bas de survêtement Adidas, d’une paire de tongs Décathlon, et d’un bob aux couleurs de l’Olympique Football Club de Charleville-Mézières, dormait paisiblement au pied d’un arbre en bois. Après quelques minutes passées en contemplations, je me décidai à continuer d'utiliser le passé simple et à réveiller ce représentant de la haute-couture française. La conversation qui suit est la fidèle transcription du dialogue qui s’instaura entre Monsieur et votre humble serviteur :
- Bonjour Monsieur !
- Mmmm…
- Bonjour Monsieur, je m’excuse de vous déranger mais…
- Qu’est-ce que vous foutez dans mon jardin ?
- Euh…Je passais par là, j’ai vu que la grille était ouverte, aussi me suis-je permis de venir admirer votre jardin qui est, je vous l’avoue à vous car je ne dis tu qu’à tout ce que j’aime, d’une beauté toute vigneusienne.
- Hein ?
- Non rien. Vous vivez seul ? Votre épouse n’est pas là ?
- Non, elle est au cimetière.
- Ah…Et quand reviendra elle ?
- Ben jamais…
- Vous vous êtes disputés ?
- Ça oui, et plutôt deux fois qu’une, mais depuis qu’elle est avec sa famille ça va mieux.
- Elle est retournée vivre chez ses parents ?
- Oui, c’est ça…dans le caveau de famille.
- Ah...Ça doit être triste pour vous de vivre comme ça, seul avec votre chien ?
- Mon chien ?
- Oui, votre chien. Vous avez un chien non ? J’ai vu votre écriteau en entrant, et je me demandais justement où était votre chien ?
- Ah ! Ribéry.
- Vous avez un chien qui s’appelle Ribéry ?
- Et alors, y’a bien un footballeur qui s’appelle Ribéry.
- Oui mais Ribéry c’est un nom de footballeur, pas un nom d’chien.
- Vous, ça s’voit qu’vous n’y connaissez rien en chien…ni en foot…
- C’est vrai, je suis plutôt Mastermind.
- De toute façon la question ne se pose plus, Ribéry est parti. Le jour où ma femme est morte, il a profité de la venue des employés des pompes funèbres pour se faire la belle sans Sébastien. Du coup, j’ai accroché cet écriteau après son départ pour dire tout le bien que je pensais de son attitude. C’est mal de quitter un maître dans le malheur. C’est mal et méchant. D’où le panneau…
- Hum…Mais vous auriez pu écrire « Ribéry méchant » ?
- J’vois pas pourquoi. J’ai rien contre lui, en plus cette saison il est vraiment au top. Vous, ça s’voit vraiment que vous n’aimez pas l’foot...
Après avoir remercié une dernière
fois le créateur de ce miracle horticole, je quittai les lieux mais point
l’usage du passé simple, pour rejoindre celle à qui je dois la vie plus les
intérêts. Sur la route, je songeai aux
milliers de vies brisées par l’ingratitude d’un animal dont la fidélité ne me
semblait plus n’être qu’une légende. Et c’est ainsi, à l’image de Saint-François s’en allant prêcher son message d'amour aux quatre coins de l’Europe, que je me
promis, en ce mois d’avril finissant, de pénétrer par tous les moyens dans ces
propriétés marquées du sceau de l’infamie ; propriétés où de pauvres
représentants du genre humain, après avoir suspendu à la grille ce petit
écriteau qui dit la solitude et l’abandon, n’ont d’autres ressources que
d’hebdomadaires visites chez Jardiland pour tenter de noyer dans l’alcool et le
jardinage, le chagrin causé par le départ du déloyal canin.
Aussi je t’adresse cette prière à toi, fidèle lecteur de cette prose quelque peu indigeste : si par un beau jour de printemps tu tombes toi aussi sur l’un de ces écriteaux ornés de ces simples mots « Chien méchant », n’hésite pas un seul instant avant de franchir le pas et la grille – même close - pour aller apaiser l’inextinguible chagrin de celui que Dieu, dans son Alzheimer deux fois millénaire, a abandonné*. Amen.
*l’auteur de ces lignes décline toute responsabilité quant aux éventuels dommages corporels infligés à ceux que leur grandeur d’âme amènerait à suivre la voie que je viens de leur tracer.
06 mai 2009
Une dent contre la race canine…première partie.
La banlieue parisienne, dont l’histoire est encore trop souvent ternie par de sordides faits divers, faits divers relayés par des médias désespérément prompts à recueillir le particulier pour en déduire le général…la banlieue parisienne, je disais donc, peut s’enorgueillir de pouvoir compter en ce début de XXIème siècle parmi les plus beaux spécimens de ce que l’on a coutume d’appeler, avec un brin de muguet et de snobisme inhérent au regard tout citadin qui est le mien, des pavillons de banlieue…
Le pavillon de banlieue, de dimension modeste et de forme souvent répétitive, est sans aucun doute la plus belle invention que l’homme, dans son génie sans bornes, a offerte à l’humanité depuis celle du crédit relais ou du suicide pour surendettement. Ce fleuron de l’architecture moderne – je renvoie les plus cinéphiles d’entre vous à la (re)découverte de ce chef-d’œuvre absolu que constitue Mon Oncle de Jacques Tati - est à la réussite sociale ce que la culpabilité du capitaine Dreyfus fut en son temps à la justice française : une preuve éclatante du génie français.
Le pavillon de banlieue vit depuis sa naissance une indéfectible histoire d’amour avec l’indispensable écrin de verdure au milieu duquel il repose, telle la perle de nacre dans le sein iodé de l’huître nourricière, je veux bien sûr parler du jardin du pavillon de banlieue ; ce jardin qui, le printemps venu dérobe, à l’humble propriétaire désireux de transformer ses douze mètres carrés de verdure à crédit en une ambitieuse – mais souvent ratée - copie des errances versaillaises d’un roi qui n’avait de solaire que sa capacité illimitée à assécher les caisses de l’Etat, les rares minutes de liberté que le monde moderne daigne lui accorder. Ce jardin dont la beauté toute subjective n’est que l’expression de l’âme torturée et géniale du jardinier, est aussi le lieu où les drames les plus intimes peuvent se nouer. Un cadre de verdure où l’unité de temps, de lieu et d’action chères à nos ancêtres hellènes, sont réunies pour donner à l’absurdité de notre quotidien sa dimension éminemment tragique. J’en veux pour preuve l’aventure que j’en m’en vais vous narrer, pour le plus grand bonheur des gens qui ne trouvent leur bonheur que dans le malheur des autres. Je demande au préalable aux parents de bien vouloir éloigner de l’écran les enfants qui ne savent pas lire… cela n’a aucun intérêt pour eux…
Voici quelques jours, par une journée ensoleillée d’avril, je promenais mes rêveries solitaires et printanières dans les rues de Vigneux-sur-Seine, ville de banlieue située à quelques encablures de Villeneuve-Saint-Georges, autre ville de banlieue qui vit naître René Fallet, René Fallet qui fera l’objet d’une prochaine chronique pour dire tout l’amour que je porte à l’auteur du Beaujolais nouveau est arrivé.
Parcourant le trajet qui va de la gare au lieu où ma génitrice réside, je tombai en arrêt devant la grille en fer rouillé du portail d’un modeste pavillon de banlieue, pavillon perdu au cœur de cet écrin de verdure dont je vous ai déjà parlé plus haut, en utilisant une habile métaphore qui depuis quelques minutes déjà m’a fait sombrer dans les pensées les plus ostréicoles qui soient. Cette grille portait en son milieu un petit écriteau de bois blanc sur lequel étaient peints, à l’encre bleue, ces deux mots qui résonnent encore en moi avec la force de quelque chose qui résonne : « Chien méchant ! ». Cette grille était de surcroit ouverte…grande ouverte !
30 avril 2009
Seul et célibataire 2
Aujourd'hui, alors que l'astre solaire darde fièrement ses rayons ardents sur une bonne partie de notre beau pays, je vous propose la partition de l'introduction de Seul et célibataire 2 ; j'ai ajouté une guitare rythmique, non seulement pour donner de l'ampleur au rendu général, mais aussi pour montrer la manière dont peuvent être joués les refrains - c'est peu ou prou la même chose...la fin du morceau reprenant le même motif mélodique.
Pour ce qui est de l'interprétation de la partie solo, toutes les notes se jouent au médiator en aller-retour - c'est d'ailleurs un bon exercice pour travailler la coordination main gauche/main droite ; quant au rendu sonore, le mieux est de privilégier un micro double-bobinage en position chevalet, avec un son assez saturé - j'utilise pour ma part une pédale de saturation de chez Radial (voir plus bas la liste de mon matériel) ainsi qu'un octaver réglé une octave en-dessous, et un délai analogique réglé à la croche.



