Le sens de la gravité

...c'est en pensant au jour de la mort de Johnny et à ses inéluctables conséquences sur le moral des ménages français que m'est apparue dans son insoutenable matérialité la vacuité de nos existences terrestres...

24 juin 2009

Pour en finir définitivement avec la compassion…

Les moins publivores d’entre vous ne l’auront peut-être pas remarqué, mais depuis quelques jours, les espaces publicitaires des grandes villes de l’Hexagone sont squattés par les affiches de la nouvelle campagne de la Fondation 30 Millions d’Amis.

Cette dernière aborde avec pertinence – je dis pertinence pour ne pas dire abondance, au vu du budget consacré pour sa diffusion – le problème de l’abandon des animaux de compagnie en période estivale. Je ne sais pas vous, mais moi, dès que l’été pointe le bout de son mélanome, j’abandonne systématiquement mon animal de compagnie.

Certes, je sais que la brusque révélation d’une pratique que la morale populaire réprouve, peut choquer la Brigitte Bardot qui sommeille en vous – petit veinard - mais l’honnêteté est ma devise…avec l’euro ; et puis, si je profite chaque année des avantages que le Front Populaire m’octroie avec munificence, pour visiter ma vieille tante Olga que j’aime d’un amour proportionnel à la part d’héritage qu’elle me réserve, et que je profite de cette occasion pour abandonner un chien, un chat, ou un ragondin, c’est que j’ai mes raisons.

 

Tenez, l’année dernière par exemple, j’ai abandonné mon chien Goebbels, sur une aire de repos à la sortie de Vichy. C’était un jeune berger allemand d’un an à peine, une adorable boule de poils et de haine que j’aimais d’un amour prudent, et qui, malgré un intensif stage de dressage de six mois au C.N.W.S.S - DOG (le Centre des Nostalgiques de la Waffen S.S d’Oradour-sur-Glane), s’obstinait à hurler à la mort chaque fois que je tentais d’écouter l’intégrale de Jean-Jacques Goldman…cet animal m’avait été offert pour mon anniversaire, quelques semaines après que, profitant de l’inattention des employés de la station Total de Rémilly-les-Pothées, j’eus « oublié » dans une glacière, deux adorables chatons que je n’avais pu me résoudre à noyer, mes revenus ne me permettant pas de m’offrir le modèle étanche de chez Rolex.

Je vous passe les détails, mais entre la femelle perroquet qui imitait très mal Marine Le Pen, et le mâle qui psalmodiait des chapitres entiers de Mein Kampf mâtinés des meilleures répliques de Woody Allen, le chinchilla allergique aux poils, le caméléon gothique, la tortue de Floride dont la croissance, un tantinet rapide, avait nécessité la construction d’une piscine olympique dans le jardin de la S.P.A de Nanterre, et le poney de ma fille devenu tétraplégique après une chute de cheval - le poney, pas ma fille - autant vous dire que, s’il existe sur cette Terre une personne sensible aux efforts de 30 Millions d’Amis, c’est bien votre humble serviteur.

 

*

 

Cette fois-ci, les types qui bossent dans la pub – et qui ne doutent jamais de rien - ont décidé de jouer la carte du face-à-face genre « chercher le salaud » : d’un côté, un maître – un homme ou une femme – au visage fermé, preuve vivante que, en matière de comédien, on peut descendre toujours plus profond que Francis Huster ; de l’autre, un animal – un chien ou un chat – dont le regard suffirait à généraliser la pratique du saut à l’élastique sans élastique.

L’homme s’appelle Pierre, mais il aurait tout aussi bien pu s’appeler Helmut ou Jacqueline. Le chat s’appelle Sasha, encore un bon exemple d’allitération niveau CE2. La femme s’appelle rarement, mais son regard fuyant trahit la fidèle présence de cette implacable solitude qui lui tenait lieu de compagne jusqu’à l’arrivée inespérée du chien noir qui lui fait face et qui répond, non seulement quand on l’appelle, mais aussi au nom de Cooky…oui, vous avez bien lu, le chien s’appelle Cooky.

 

Ô Cooky ! Toi, le digne représentant de la race canine ! Toi, dont la truffe humide et blanchie par les ans s’étale désormais en quatre par trois sur les murs de nos cités dortoirs déshumanisées ! Toi, dont la fidélité – huit années d’homme, cinquante-six de vie de chien – ne récolta comme récompense, que ce frêle tronc d’arbre auquel ta maîtresse, par un bel après-midi de juillet, t’attachât avant de reprendre la route pour un ailleurs que tu ne connaîtras jamais, un ailleurs privé de l’élégance de ta démarche, lorsque tes petites pattes aux poils de jais foulaient le sable de Noirmoutier ou de Cabourg – il me plait de croire que cet après-midi fut beau, ne serait-ce que pour nimber d’une aura de pitié ta misérable condition canine ! Toi, dont le compte en banque ne verra jamais la couleur de cet argent que ces fils de pub ne manqueront pas d’oublier de te verser, au nom de cette imbécile croyance qui voudrait nous persuader que les chiens sont incapables de gérer correctement leur argent pendant les soldes ! Cooky, sache que je ne t’en veux point, tu n’y es pour rien, et s'il existe quelqu’un à blâmer, c’est uniquement l’espèce de tête pleine d’eau surpayée qui, un soir de printemps, décida de t’affubler de ce sobriquet ridicule au risque de mettre en péril la crédibilité d’une campagne improbable mais salutaire. Non mais, je vous le demande, pourquoi diable, vouloir appeler un chien Cooky ? A-t’on jamais vu un quatre-quarts prénommé Rex ? Un clafouti aux pruneaux Sultan ? Un flan Snoopy ?


Cooky, la nature est injuste, car si elle a fait l’homme bipède, c'est uniquement pour qu'il puisse, d’une main de fer, ouvrir la portière de son bolide d’acier, maintenant fermement dans l'autre la laisse qui te rattache à lui, et qu’il  enroulera d'un geste froid autour de cet arbre sinistre contre lequel tu ne finiras pas de gémir, en espérant qu’une âme charitable vienne te détacher et reparte avec toi vers de plus beaux lendemains…et peu importe si elle décide de t’appeler Crumble !

cooky_blog

Illustration de Michaël Lozé (maicoolbd.canalblog.com)

Posté par Billy72 à 21:20 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Moi j'ai pas de chien ...

Posté par WacsiM, 24 juin 2009 à 23:54

J'ai la même date de naissance que Brigitte Bardot, sauf l'année, et j'assume d'avoir adopté un chat depuis presque 15 ans. Et je n'ai pas encore vu ces affiches avec Cookie....

Posté par Puce, 25 juin 2009 à 16:43

Pour appeler son chien Cooky, il faut vraiment avoir une dent contre la race ... canine !!!

Posté par picarno, 28 juin 2009 à 14:51

Je confirme, en tant que bénévole à la SPA, que certains maîtres devraient être punis par la loi pour donner de tels noms à leur animaux! c'est presque plus criminel que de les abandonner!

Posté par Marine, 29 juin 2009 à 17:29

c'est surprenant que tu n'as encore rien écrit sur la mort de MJ

Posté par lenalola, 12 juillet 2009 à 16:46

Et que penses-tu des chiens que l'on appelle Einstein ou Napoléon ?

Posté par Aurelka, 15 juillet 2009 à 23:42

laurent, on voit que tes revenus te permettent désormais des psychotropes très puissants. en attendant, le fond de ta pensée, quoique plein de drôlerie, est plein de bon sens. A l'heure où tout le monde se fout bien de l'humanité, c'est disons improbable de dépenser des sommes colossales en budget de communication pour nos "amis" les bêtes quand on en appelle constamment à la solicitude de tout un chacun niveau don et adoption...

Posté par vincent, 26 juillet 2009 à 20:14

N'est-ce pas fascinant que nous parlions d'un impéritif catagorique en termes de comptabilité ? On ne doit jamais se permettre d'abandonner son animal. Ses enfants non plus, bien que sous certaines conditions l'abandon de la femme soit fortement conseillé.

A l'égard des noms donnés aux bêtes, il me semble que dans notre société devenue par l'intermédiaire des médias publicitaires et la dominante idéologie de nos générations après-guerre de tout instantané (y compris l'amour et le bonheur), non seulement les animaux, mais les personnes aussi, ne sont plus que des "choses" en dehors de Soi. Les choses sont utiles ou bien pas du tout. Elles peuvent être consommables ou non. Peut-être est-ce subconsciemment symbolique d'appeller un chien, un chat ou un oiseau par un nom commun, ainsi les transfomant en chose commune, serviable pour tout impératif hypothétique, bon pour la casse une fois usée.

Les gens que l'on connaît pas, ne sont-ils parfois "Machin/Machine" ?

A considérer...

Posté par Alexandre Orion, 09 septembre 2009 à 11:30

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